samedi 7 novembre 2009

samedi 7 novembre - trois petits cailloux blancs...

Après trois jours passés à Toulouse pour jouer Papou-Mamou, retour à Pau dans la matinée, entre 10 heures et midi. Après Charlotte grippée pendant toute la durée des vacances scolaires, c'est au tour de Camille d'être agrippée par un sale virus qui ne dit pas son nom. Elle tousse, se mouche cent fois par jour, crache et se dit fatiguée. Françoise qui tousse, se mouche et crache aussi cent fois par jour, et par nuit, depuis bientôt deux semaines, puise dans ses forces pour jouer avec Camille. Pour jouer à l'école. Camille en effet a découvert les plaisirs de la lecture et de l'écriture, ce qui nous remplit de joie, et avec le soutien de sa Mamou elle a lu en trois jours plus de la moitié de son manuel de lecture. Quant aux phrases, elle en produit autant que son imagination fertile lui en fournit, ce qui n'est pas peu dire. Et puis aussi, elle goûte et boit du jus d'oranges pressées.

Dans la matinée donc, retour à Pau. Temps de tempête pendant la presque totalité du parcours. Un vent violent. On roule à peine à 100 kilomètres à l'heure. En file indienne. On passe d'une bourrasque à l'autre ; les arbres sont pliés et tordus, mais ils nous protégent. En terrain découvert, les voitures sont bousculées violemment. Parfois, la densité des grains réduit la visibilité à une distance bien courte, que les anti-brouillards n'augmentent pas.

Arrivée à Pau vers midi. On ouvre les volets, on rebranche la live box, on va manger chez le chinois. Sur le coup de deux heures, quelques courses alimentaires à l'hypermarché. On entend la pluie crépiter sur les vitres du toit. Sur le parking, les voitures stationnent dans dix centimètres d'eau ruisselant comme de petits torrents. On charge le coffre. En principe, deux disques nous attendent au Parvis.

Sur le chemin du Parvis, achat du dernier "Accordéon & accordéonistes". Numéro 91, novembre 2009. En tête d'affiche, Alain Musichini, dont Jean-Marc Licavoli m'a fait connaitre son cd de jazz de 1995 :"Recto-verso". Mais j'avoue que je ne sais rien de lui par ailleurs et donc l'article de Françoise Jallot m'intéresse. Un survol suffit pour me convaincre de son intérêt, avec des considérations que j'ai envie d'approfondir sur le goût d'Alain Musichini pour le musette, le classique et le jazz. Et sur la difficulté à les concilier. Je note au passage, toujours de Françoise Jallot, des pages que l'on a envie de savourer sur les "nuits de nacre" de Tulle.

Au Parvis, les deux disques que j'avais commandés m'attendent :

- "The Wynton Marsalis Quintet & Richard Galliano / From Billie Holiday to Edith Piaf", enregistré le 13 août 2008 à Marciac. Jean-Marc Licavoli m'avait fait connaitre le cd audio ; ici, il s'agit de l'édition cd + dvd. Et je dois dire qu'en effet le dvd apporte beaucoup à l'écoute. Réalisation hyper-sobre. Prise de vue frontale. Sans sophistication. Très lisible. Du coup, j'en apprécie mieux l'écoute.

- "Daniel Mille / L'attente", enregistré et mixé aux studios La Buissonne en juillet et août 2009. Une première écoute suffit à nous convaincre que c'est un beau disque. Mais une première écoute ne suffit pas pour en parler tant les sensations et les impressions sont pour l'instant mélangées. En tout cas, on ne peut s'y tromper, c'est une évidence, c'est un beau disque.

"Accordéon & accordéonistes", "From Billie Holiday to Edith Piaf", "L'attente"... trois cailloux blancs sur mon chemin, trois repères, trois lumières pour éclairer ma route. Trois petits bonheurs.

mercredi 4 novembre 2009

mercredi 4 novembre - la grandeur de la france

Le soir, j'ai l'habitude de me livrer au plaisir du zapping au fil des vagues informatives dispensées en abondance, entre deux tunnels publicitaires, sur BFM, I-télé ou LCI, voire sur la 3 que nous recevons par le pic du Midi (Toulouse) et par la Rhune (Bordeaux). C'est un délice de se plonger ainsi, comme dans un bain tiède, dans le flux des informations. C'est un plaisir, pervers je l'avoue, passant ainsi d'une chaine à l'autre, de voir défiler devant mon inattention cette théorie de clones : journalistes, communicants, députés, ministres. Avec sur les deux canaux de la 3, ces adorables information de proximité : la mère Michel qui a perdu son chat, filmée devant le Capitole, s'il s'agit de Midi-Pyrénées ou devant les quais de la Garonne, s'il s'agit de l'Aquitaine. Voir fonctionner ainsi chaque soir, avant de dîner, la machine à décervelage est un bonheur rare. Mon addiction me ravit.

Bref, l'autre soir, parmi les nouvelles, celle-ci : la Cour des Comptes vient de publier ses observations relatives aux dépenses pharaoniques faites par la France à l'occasion de la réunion des chefs d'Etats de la Méditerranée au Grand Palais ou à l'occasion de la présidence européenne de cette même France. Dépenses financées, je présume, par nos impôts ou par quelques emprunts, ce qui revient au même, en pire. Pour désamorcer les critiques, un conseiller spécial du Président de la République s'indignait des critiques rappelées par le journaliste. Son argumentation : si l'on trouve ces dépenses excessives, c'est que l'on estime que la France n'a plus les moyens de tenir son rang. On peut le faire, mais alors il faut assumer ce renoncement et accepter que la France devienne une nation de second ordre. Il concluait en disant à peu près que lui assumait pleinement le choix de ces dépenses au nom justement de la grandeur de notre nation.

Dont acte.

Un peu plus tard, un reportage montrait un avion sur le tarmac d'un aéroport. Il faisait déjà nuit et l'on n'apercevait que des ombres, en file indienne, disparaissant une à une dans l'appareil. Il était question d'un charter affrété par plusieurs pays européens, il était question de trois afghans. Il était question de la France qui n'avait pas vocation à accueillir toute la misère du monde. J'imaginais alors un autre film : un ministre de la France venait expliquer que la France, que notre nation, eu égard à son passé et à ses principes, ne pouvait pas expulser ces gens, qu'elle leur devait protection. Ou alors il fallait accepter que notre pays renie son Histoire ; il fallait renoncer à l'ambition de grandeur de la France. Et pourquoi pas brader son honneur pour de minables calculs électoralistes ? Mais, bien sûr, ce n'était que rêverie apéritive.

Mais, sortant de ma rêverie, je me disais qu'heureusement, il y a quelques décennies, la France n'avait pas cru bon de reconduire tous ces "ritals" venus s'installer sur notre Terre. Car, si elle l'avait fait, l'identité de notre accordéon national en eût été profondément changée. Pour s'en convaincre, il suffit de recenser tous ces "ritals", fils de "ritals" ou petits-fils, qui nous enchantent et qui contribuent au rayonnement de notre nation. Tout simplement parce qu'ils sont Français et perçus comme tels partout dans le monde.

Bien entendu, je m'en tiens à l'accordéon, mais on pourrait appliquer la même observation aux autres arts, à la recherche, au monde de l'entreprise, etc...

dimanche 1 novembre 2009

mardi 3 novembre - kuolleet lehdet

Dimanche, 1er novembre. 16 heures. 25°. Au sud de la ville, des nuages sombres se forment et enveloppent les sommets. Le soleil déjà bas étire les ombres de toute chose. Les chats des voisins se roulent en boule sur les feuilles craquantes du prunier, des charmes et des bouleaux. Je sens bien qu'en m'approchant je les dérange. Ils me regardent, s'assurent qu'ils ne courent aucun danger, puis, pour manifester clairement leur désapprobation de me voir entrer sur leur terriroire, ils s'étirent, se redressent et, sans un regard pour l'intrus, se déplacent vers un autre coussin végétal.



... de retour du jardin, j'ai écouté "Kuolleet Lehdet", autrement dit "Les feuilles mortes". Explication :
- "Bonjour de Paris", LP 33 t., face A, titre 1, "Kuolleet Lehdet / Les feuilles mortes" (J. Kosma).
Un disque pour lequel j'ai une affection toute particulière. Un disque que m'avait recommandé Joël Louveau. Disque de Marcel Azzolla et Lina Bossatti.
Au dos du LP, on peut lire : "Recorded and mixing TMI-Studio, Kari Hakala. Recorded at Sibelius Academy, Helsinki on August and December 1988. Production Kari Hakala, Matti Rantanen, Heidi Velamo. Cover Teri Velamo. Photo Pierre Gervasoni. Suomen Harmonikkaistituutti, Finish Accordion Institute".
Cette information objective suffit à me faire rêver. Du coup, par association d'idées, j'ai envie maintenant d'écouter Maria Kalaniemi. "Ahma", "Ambra", "Bellow Poetry". Les forêts de la Finlande doivent être somptueuses en automne.
Plus tard, si j'y pense encore j'explorerai l'entrée "Autum Leaves" sur YouTube. Il me semble qu'il y a quelques interprétations fort intéressantes, dont une, si ma mémoire est fidèle, de Miles Davis.


lundi 2 novembre - les pianos à bretelles sacerdotaux

... reçu un courriel de Sylvie Jamet, qui me signale l'existence du site d'un accordéoniste sur myspace : Philippe Borecek. Avec cette précision sur la page d'accueil :"accordéon liturgique". Evidemment, cette mention m'intrigue.

http://www.myspace.com/philippeborecek

On trouve sur ce site une interprétation du "Monastère de Firaponte", dont je connaissais une version de René Sopa in "Carinhos Tango", on y trouve aussi "Prière à Notre-Dame" de Boellmann, un compositeur dont j'ignorais le nom, et encore deux vidéos tirées d'un concert de juin 2009 en la collègiale d'Avallon : "Toccata BMW 565" de Bach et "Adagio" d'Albinoni. Deux oeuvres hyper-classiques donc.

En quittant le site de Philippe Borecek, je continue à être intrigué par l'expression "accordéon liturgique". Extension du domaine de l'accordéon ! C'est alors qu'une autre expression me vient à l'esprit, autre extension des fonctions de l'accordéon :"les pianos à bretelles sacerdotaux".

dimanche 1er novembre - après l'automne, l'hiver

Après l'automne, l'hiver. Forcément ! C'est pourquoi, ayant écouté "Otono porteno" vendredi (Piazzolla et son quintet, live in teatro Regina), je n'ai pas été surpris de tomber samedi sur le dernier opus de Raul Barboza, "Invierno en Paris". Françoise se bat toujours contre une espèce de grippe qui ne dit pas son nom. Après avoir fait quelques courses alimentaires à l'hypermarché et après avoir rempli le coffre de la voiture, suivant un rituel maintenant bien établi, j'ai remis mon caddy à sa place et, muni de ma seule carte bancaire, je suis allé voir si, par hasard, quelque nouveau cd ne serait pas arrivé... Eh bien, oui !

- "Invierno en Paris", Zig-zag territoires, Harmonia Mundi distribution, 2009.

Un disque de Raul Barboza, accordéon Piermaria, et Horacio Castillo, guitare. On y retrouve le style et le son de Barboza. impossible de s'y tromper. Un disque qui me plait d'emblée. Le titre "Invierno en Paris" est complété par un sous-titre qui déjà fait rêver : "Allers, retours et détours de Paris à l'Argentine". Les quatorze titres s'enchainent comme les chapitres d'une histoire autobiographique :

- 01. Invierno en Paris. De l'hiver à Paris... (première version : point de départ).
- 02. Mi Tierra Lejana. A sa terre lointaine.
- 03. Confidences de nacre. En chemin, il se souvient de la France.
...
- 07. Brasilereando. Un détour par la région frontalière qui se trouve au Brésil.
- 08. San Luiz Gonzaga. Ville du Brésil où Raul a introduit le chamamé.
...
- 14. Invierno en Paris (C'est de nouveau l'hiver à Paris : deuxième version).

Décidément j'aime beaucoup l'accordéon de Barboza, ses mélodies, ses rythmes, le jeu de son soufflet, claquant comme un fouet de gaucho. Et puis évidemment son chamamé... De surcroît, j'ai de la sympathie pour sa personne. Sa musique émane d'un engagement artistique et politique profond. Une musique enracinée.

vendredi 30 octobre 2009

dimanche 1er novembre - un bien bel automne

Vendredi. 12h30. 23° dans la maison ouverte à tous les vents. "A tous les vents" est une expression ; en fait, pas un souffle d'air. 27° sur la terrasse avant. 25° sur la terrasse arrière.

Depuis mercredi après-midi, Françoise "se tient" une grippe carabinée. Entre frissons et coups de chaleur, entre excitation et coups de pompe. Les médecins lui disent que tout est normal ; on verra au bout de soixante-douze heures ; hier soir, vers 20 heures, grosse poussée de fièvre. Notre médecin a quitté son cabinet. SOS Médecins est saturé. Le standard a disjoncté. Il n'y a pas encore, à Pau, assez de toubibs venus des pays de l'Est ou de l'Afrique. On est un peu démunis. On ne se décide pas à aller aux urgences. On compte sur les bons offices du Doliprane 1000. En tant que mécréants, nous ne croyons pas aux effets des prières. Mais avec une bonne dose de télévision, les choses s'arrangent. Vers minuit, après un dernier Doliprane et deux tasses de verveine, Françoise s'endort, sa lampe de chevet dans la figure, son livre ouvert à la main, avant qu'il ne tombe sur la moquette, ses lunettes un peu de guingois sur le nez.

En ce début d'après midi, ça va un peu mieux. Le temps est si délicieux que nous décidons de manger dehors. Sur la pelouse, les feuilles du prunier tombent en abondance. Craquantes sous les pas. Un feu d'artifice de jaunes, de bruns, de rouges, avec des tâches de vert. Pour le plaisir des yeux et de l'odorat, j'ai étalé deux taies d'oreillers bleues sur l'herbe.

La terrasse est composée d'un petit nombre de couleurs, mais d'une telle harmonie que je reste quelques instants à la contempler avant de passer un coup de balai.

Avant d'enlever les feuilles de la table, du sol et des sièges, je me fais le plaisir de photographier une coupe, colorée comme une fleur exotique.



C'est l'automne ! De toute évidence, c'est l'automne, d'or et de feu.



Au même moment, la terrasse arrière est encore dans l'ombre. La table blanche et les chaises sont bleues. Les feuilles des charmes forment une décoration qui contraste avec la profusion des couleurs de l'autre terrasse.




La géomètrie des carreaux et de la table contraste aussi avec celle de la terrasse avant. Cette rencontre de formes géomètriques et biologiques : table, carreaux vs feuilles, ce contraste de couleurs chaudes et froides, c'est aussi l'automne.


Après déjeuner, l'envie me prend d'écouter une version d'"Otono Porteno". Pas n'importe laquelle. Une version que m'avait fait connaitre William Sabatier dans l'un de ses articles de la revue "Accordéon & accordéonistes :
- "Astor Piazzolla, Edicion critica : Piazzolla - Teatro Regina / Astor Piazzolla y su quinteto", Sony, 2005 (LP BMG Ariola Argentina, 1970).
On peut lire en commentaires :"Piazzolla en el Regina fue grabado en vivo en ese teatro en 1970 y presenta, por primera vez juntas, las cuatro estaciones portenas. El quinteto esta integrado por Astor Piazzolla en bandoneon, Antonio Agri en violin y viola, Osvaldo Manzi en piano, Cacho Tirao en guitarra electrica y Kicho Diaz en contrabajo...".
Evidemment, après trois écoutes successives de l'automne, j'ai eu envie d'écouter les autres saisons. Profondeur, lumière sombre et tension sans relâche. Comme il y a des musiques aériennes, fluides, d'autres quasi liquides, d'autres encore terriennes, ancrées dans le sol, celle-ci est incandescente et, si j'ose dire, ignée.






jeudi 29 octobre 2009

samedi 31 octobre - lucas

En ouvrant mon courriel, je viens de lire un commentaire, signé "Lucas", déposé le jeudi 29 à la date du 22 avril sur mon blog, qui s'appelait alors "le bistrot des accordéons". Ce jour-là, j'avais fait une chronique sur le disque de Régis Gizavo, "Samy Olombelo". Dans son message, Lucas me dit son admiration pour un titre en particulier : "Kemba", dont il souhaiterait récupérer les paroles. Mais, problème... la signature "Lucas" ne permet pas d'accèder à son site. La solution ? Recopier ici ces paroles... Sitôt dit, sitôt fait !

Lasa izy eh
Lasa tsy nimpoly io
Niaratsy gny mafy ka tsy
nahatanty
Ka lasa an'ie
Marina an'ny gnazy
Valia tambitamby
U nostru amore ha tartutu qualla
U nostro amore sin'he mortu chi
sa
E ne corre (x 2)

D'altre rive (x 2)
E ne corre m'pianu (x 2)
A dumane (x 2)

Gny raha soa tsy mety ho lany
Laha mbo velo eto ambonin'ny
tany
Hajao gny vale (x 3)

Un altru fiore l'ha trovu chi sa
Niaritsy gny mafy ka tsy
nahatanty
Ka lasa an'ie
E ne corre
Marin'ny gnaze
D'altre rive
Marin'ny gnaze
Ny raha soa tsy mety ho lany
Laha mbo velo eto amboni n'ny
tany
Hajao gny vale (x 3)
E ne corre m'pianu (x 2)
A dumane A dumane A dumane

En commentaire, cette information, que je cite in extenso : Depuis sept ans qu'ils travaillent ensemble, Régis et Jean-François Bernardini, le chanteur d'I Muvrini, ont développé une complicité. Ils l'expriment dans cette chanson qui dit :"Elle est partie, elle ne veut plus rentrer. Elle a tout subi pour sauver son foyer. Elle ne reviendra plus et elle a raison. l'amour doit rendre heureux et non pas détruire..."

Et que vogue ce message... jusqu'à Lucas, j'espère.